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Ce blog, c'est un peu un grand foutraque où vous trouverez un peu de tout, beaucoup de rien et un avis sur pas de mal choses.

10 Nov

Emma et Jules

Publié par pifpafpouf.over-blog.com  - Catégories :  #Histoires

http://tugaleres.files.wordpress.com/2009/01/ange-vs-demon.jpg

 

Lui:

Cette nuit, je la rappelle. Je veux avoir son corps encore une nuit et non plus comme les autres fois. Cette nuit, je ne la baiserai pas, je lui ferai l'amour.
Je veux l'aimer cette nuit, une fois dans ma vie, je veux aimer cette femme que j'introduis. Je paierais comme les autres, je ne serais rien qu'un client pour elle. De l'argent bien dépensé à ne plus voir qu'un morceau de viande sans âme.

Elle sonne à la porte, les banalités d'usage.Je sors l'argent, je la paie d'avance, elle cache cet argent dans son petit sac rose. Je souris intérieurement de ce petit rien qui la rend si différente de la prostituée que je cotoyais avant de la connaître. La décharnée, ravagée par une vie dans la rue à s'offrir au premier qui lui offrira sa dose de cristal ou son billet roulé en paille prêt pour se blinder le nez de poudre blanche. J'étais revenu de cette époque en rencontrant Emma. Je sais que ce n'est pas son vrai nom, je l'appelle Emma dans ma tête.
Elle a une règle à laquelle il ne faut pas déroger. On ne parle plus dès que l'argent est dans son sac.

Elle se pose sur le lit, je la découvre avec sa jupe trop courte, ses bas noirs et ce petit débardeur. J'aime sa simplicité, son absence d'outrance pour attirer le client. A croire que ce n'est pas une prostituée, qu'elle n'est qu'une fille ramassée dans un bar qui trompe son ennui en couchant avec des hommes. Je veux intellectualiser cet instant, la voir comme une femme, non pas comme l'objet d'assouvissement de mon désir. Cette fois, je vais lui faire l'amour.
Je pense trop, je perds du temps. Une heure, une simple heure pour l'aimer. Je m'approche, je pose mes mains sur ses cuisses, je remonte tout doucement pour approcher le triangle d'or. Je pose doucement mes lèvres sur les siennes. Je me penche sur elle en l'allongeant. Je dois aller doucement, je dois être doux. Je sens que mon entrejambe n'est pas d'accord. Besogne là, pourquoi de la tendresse alors que tu as payé pour te vider les couilles.
Je continue l'exploration méthodique de son corps. Mes mains se perdent sous son débardeur, caressent doucement sa poitrine qui ne m'a jamais semblé aussi douce. L'ai je déjà touchée auparavant ?
Je sens que le désir monte en moi, je veux la pénétrer, enlever cette tension qui m'habite. Je dois résister, je veux continuer à explorer. Je m'attache à découvrir chaque partie de son corps, à toucher, baiser chaque bout de peau, laisser ma langue parcourir tous ces endroits interdits.

J'atteins ces lèvres qui m'étaient inconnues, je les explore avec ma langue. Je me sens comme lors de mon premier baiser, dois je y aller plus profondément, je ne calcule plus. Je suis maître de la situation et pourtant, je veux sentir sa jouissance, m'abandonner totalement tandis que mon membre se tend de plus en plus.
Je ne peux plus, il faut que j'entre dans cet endroit que j'ai si souvent visité.

Avec délicatesse, je m'insère enfin dans cet antre. Je commence ma douce mélodie, mon tango. Je prends la mesure du mouvement pour créer une symphonie. L'heure se termine, je dois jouir alors j'accèlère, j'obtempère. La semence s'écoule, j'ai joui. Je lui ai fait l'amour pour la première et la dernière fois.
Demain, je retourne dans le quartier pour une autre Emma. Je ne peux aimer qu'une fois chaque femme.

Je m'appelle Thierry, j'ai 30 ans et je suis si banal.

Elle :

Moi, je ne suis qu'un fantôme dans la nuit, je me réveille le soir pour le travail. Je me fais défoncer, je ne cherche rien dans cette vie. Je veux juste de quoi manger, payer mon loyer.
Ce soir, j'ai un habitué, de ceux qui ne vous demande rien. J'arrive, il sort le chibre et fait son affaire.
J'ai une règle, une seule et unique : dès que l'argent change de main, plus aucune parole. Je ne veux pas exister pendant que je travaille. Je ne suis que sa chose, son objet de désir.
Je suis dans mon monde, je me remémore cet album unplugged d'Archive : il est ma montre à moi, quand Run arrive, je sais que ça se termine. Je ne sens rien, ne veut rien ressentir.
Je suis un fantôme et je le reste jusqu'à 8H où je redeviens une femme pour les quelques heures de vie qui me sépare du sommeil.
J'arrive devant la porte et Jules me reçoit. Jules n'est pas son prénom, j'appelle tous mes clients ainsi depuis que je suis passée devant ce magasin pour hommes. Un jules de plus ou de moins qu'importe tant qu'il paie et qu'il ne me parle pas.

Il est là, différent de l'habitude. Son regard est plus tendre moins obsédé à l'idée de posséder ce corps qui ne m'appartient plus depuis 20H. L'argent s'échange, le silence se fait.
L'album commence dans ma tête, Fuck U débute. Que j'aime cette voix, cette musique. Je suis transportée alors que je sens ses mains sur mon corps, sa bouche embrasser la mienne. Il est différent, moins pressé. Il me perturbe, mon corps convulse, le voit
–il que je prends du plaisir à ses caresses si maladroites et pourtant désireuses de me faire jouir ?
Je dois continuer à entendre cette musique dans ma tête, je ne suis pas avec Jules. Je suis dans le monde d'Archive, je plane hors de ce morceau de viande que j'appelle corps lorsque la nuit s'achève.
Et pourtant, il continue ses caresses, montre de la douceur, semble vouloir me faire exister et il ne me parle pas. Respecte la règle à la lettre.
Il me touche physiquement, psychiquement. Me faire sortir de mon monde, c'est impossible.
Me retrouver piégée dans le désir de l'autre, pourquoi partager : il jouit, Run se termine et je retourne à ma place. Et pourtant, il réussit à me donner du plaisir. Petit à petit, je suis pris dans ce moment.

Goodbye approche, je sens la chanson s'éloigner. Je ne l'entends plus que de loin, je sens son corps sur moi, son membre s'insérer. Il me regarde de ses grands yeux, sent que la fin approche, accélère le mouvement. Run arrive, je commence à l'entendre.
Il accélère la cadence, me fait perdre le moment. Je réentends la musique, il a réussi le temps d'une chanson à me faire exister et il ne le saura jamais.

Je m'enfuis de nouveau sans un mot pour redevenir une chose, un objet de désir jusqu'à 8H.

Je m'appelle Géraldine, j'ai 25 ans et je suis une prostituée.

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